Identité : Israélo-Palestinien

aporteeNous rappelons que les 15 et 16 mars sera représentée à la Comédie de Ferney la remarquable pièce A portée de crachats de Taher Najib, mise en scène par Laurent Fréchuret et interprétée par Mounir Margoum.

De Ramallah à Tel-Aviv en passant par Paris, Taher Najib raconte sur le ton de l’ironie douce-amère les tribulations d’un acteur palestinien sans cesse confronté à des images de lui-même qu’il récuse : celle du guerrier arabe avide de vengeance qu’il incarne sur scène, celle du djihadiste en puissance dans les aéroports internationaux, celle du terroriste potentiel dans son propre pays, Israël, ouù il n’est jamais perçu ni traité comme un citoyen de plein droit.

Ce témoignage drôle et poignant sur les paradoxes de l’identité israélo-palestinienne ouvre une réflexion sur l’existence elle-même. A portée de crachat, à portée de tir, à un jet de pierre, à deux pas d’ici, deux peuples vivent sur un territoire divisé.

Acteur et auteur palestinien de nationalité israélienne, Taher Najib a d’abord écrit cette pièce en hébreu, la langue de l’autre, qu’il adresse aux Israéliens, en signe de main tendue. A travers des scènes du quotidien, A portée de crachat révèle un personnage attachant et complexe, ballotté entre la grande histoire et son métier de comédien qui l’amène à traverser les frontières, à vivre d’un côté et de l’autre, sans être vraiment nulle part chez lui. Usant du détour par le rire, cette pièce en forme de monologue-récit interroge l’identité, sans dogmatisme.

Annick Gambotti nous dit combien elle aime cette pièce :

C’est excellent, actuel, joué par un grand comédien et remarquablement mis en scène.
Ce spectacle, pour moi coup de coeur d’Avignon est repris bientôt, entre autres lieux, au théâtre du Rond Point à Paris.
Ce texte touchant un sujet sensible est magnifique. Il est tellement bien joué et mis en scène ( je me répète !) et on rit beaucoup !

Alors, même si ces dates clôturent une semaine éprouvante de bac blanc pour une bonne partie de nos élèves… allez-y.

Informations pratiques : Comédie de Ferney, les 15 et 16 mars à 20h30. Durée 1h15. Places à 15 € (tarif réduit de 10 €, valable bien sûr pour les lycéens).

Recommandé pour : tous ! En particulier tous ceux, nombreux, qui s’intéressent d’une façon ou d’une autre au conflit israélo-palestinien.

Noces à la Comédie de Ferney

Le premier post d’élève !

Vendredi 22 février (le soir des vacances) nous sommes allés voir avec quelques élèves Noces, d’après Albert Camus, à la Comédie de Ferney. Voici ce qu’en a pensé Thea Beronja, élève de Terminale Littéraire.

Etrange titre qui caractérise l’essai autobiographique, d’Albert Camus. Un mot qui au premier sens trompe le lecteur. L’auteur y raconte ses souvenirs et y dévoile ses sentiments, il y « célèbre les noces de l’homme avec le monde ». Il se pose plusieurs questions qui reviennent sans cesse, chacune caractérisées par un lieu, un souvenir. Une en particulier marque la nouvelle Noces à Tipasa. Le bonheur, ressenti par la joie et l’exaltation dans la promenade à Tipasa, et défini par cette question : « Qu’est-ce que le bonheur sinon l’accord vrai entre un homme et l’existence qu’il mène ? » Mais Camus peint aussi le portrait de la souffrance avec les ruines qui recouvrent sa ville, son pays.

L’usage des mots pour raconter ce que l’on a vécu, ce que l’on ressent, est ici presque naturel. L’impression se crée comme si le texte s’écrivait au fur et à mesure que nos yeux avançaient au fil des pages. Nous avons abordé cette année en philosophie le problème du langage. Si la parole est un outil pour s’exprimer, elle n’aurait été conçue que pour faciliter la communication. Or dans l’essai autobiographique Noces il ne s’agit pas directement de communication. C’est avant tout une recherche pour exprimer le ressenti des expériences auxquelles Camus a été confronté. Le dialogue avec le lecteur ne se fera que plus tard lors de sa publication.

Le choix de le représenter au théâtre par une comédienne (Annick Gambotti), nous montre que quelque part, elle n’est que le « moyen » utilisé pour dire le texte. Son jeu dans la simplicité, permet justement de saisir le sens du texte sans être dérangé par autre chose. Je pense aussi que le comédien, est une personne qui arrive à prendre du recul sur sa personnalité pour entrer dans une autre ou plutôt pour permettre à quelque chose d’extérieur d’y entrer. Ainsi le texte prend possession du comédien et non l’inverse.

Un dernier point concernant le mélange entre musique et texte. J’ai trouvé que les deux se mariaient vraiment bien. La musique vient ici compléter le récit par ces mélodies qui le suivent à la perfection. À aucun moment je n’ai été troublée par le piano de Jean-Louis Deconfin, qui marquait les pauses et le passage à une autre partie de l’essai. Le bruitage du vent fait par la trompette illustrait le récit et nous amenait dans une autre dimension. Par moment, lors du « brouillard » percé par un mélange de parole et de sons, on avait vraiment l’impression d’y être. D’être avec la comédienne, et transporté par les pensées de Camus. La structure parallèle de la musique permettait de suivre le texte s’il arrivait qu’on en décroche. L’ouverture par « le vent », son perpétuel qui rythmait toute la représentation, puis d’un air à la trompette, suivi de cette mélodie au piano qui revenait chaque fois que Camus se souvenait d’autres choses, pour terminer à nouveau sur la trompette, dessinait un chemin à suivre, peut-être le chemin qu’Albert Camus a tenté de créer. Par ailleurs, cette musique improvisée était comme un tailleur fait sur mesure. En effet l’improvisation composée de ces quelques notes contribuait à porter le texte du bout des doigts pour permettre aux spectateurs de le saisir.

La toute fin, lorsque les deux voix, humaines cette fois, ont prononcé les dernières phrases à l’unisson, cela a pu nous montrer que l’instrument de musique permet d’illustrer et d’inventer une atmosphère particulière, mais que le meilleur, l’indétrônable instrument, et moyen par lequel un humain s’exprime : la voix et donc les mots, le langage.